P. Sr Magdeleine une femme évangélique itinérante

 

 

P. Sr Magdeleine : une femme évangélique itinérante

Copyright : Archives Petites soeurs de Jésus

(juillet 1942) :
"Mon devoir est de vous montrer la voie… la voie si humble, si droite, si surnaturelle du Frère Charles. Il ne faut pas que ces mots magnifiques qu’il a dit soient vides de sens. Les mots : abjection, dépouillement, petitesse doivent correspondre à une réalité profonde…

Je suis une bien pauvre petite sœur pour oser vous parler ainsi… Je suis si peu de chose d’ailleurs dans la fondation. Le bon Dieu seul l’a fait naître et il la fera grandir malgré mes erreurs, mes lacunes, mes misères… Je suis seulement celle qui passe sur votre route…

Tout cela est écrit au hasard des voyages. J’ai changé déjà au moins dix fois de place.

En ce moment, je suis quelque part, sur la route, nomade à fond ou plutôt pèlerin du bon Dieu, partout essayant de prêcher l’amour… Le Seigneur décuple mes forces. Ce n’est pas ma force à moi, c’est sa force à lui que j’ai…"


(1942) :
"Il n’y a plus que 7 kilomètres pour arriver à Pont de Beauvoisin. J’ai retrouvé mon âme légère, une âme d’enfant qui goûte tant les « fioretti » de saint François et les écrits spirituels du frère Charles. Le paysage est merveilleux et je suis dans la plus complète solitude, entre deux montagnes. Ce matin j’ai cherché vainement auto, camion, car… Impossible de prévoir que le car allait être supprimé et impossible de renoncer à deux conférences préparées avec tant de peine par les habitants du pays. Alors je n’avais plus qu’à partir et j’expérimente avec plus de joie encore que le « chemin du ciel est semé de ronces et d’épines »… mais qu’au milieu des épines, il y a des roses merveilleuses, d’une délicatesse infinie… A mi-chemin de Pont de Beauvoisin, je découvre un belvédère abandonné, avec des tables et des bancs où je suis merveilleusement bien pour vous écrire !

Et mes bagages… pensez-vous ? Eh bien voilà. Ce matin, j’ai avisé un groupe d’enfants et leur ai demandé s’ils ne pourraient pas me trouver une remorque de bicyclette. L’un d’eux avait à la main une poussette d’enfant, d’un ridicule achevé, toute démantibulée, réparée avec des vieilles caisses, ayant des roues qui faisaient un bruit de ferraille, une merveille enfin ! Il me dit : « je vous la prête » et il me conduit chez sa tante.

Je me disais ce matin : « Notre Père céleste nourrit les oiseaux du ciel »… je mendierai mon pain sur la route. Il ne m’a pas laissé cette joie. La tante avait un commerce de beurre et de fromage, et le plafond de sa cuisine était constellé de saucissons. Elle s’apitoie tellement sur mon sort qu’elle me donne quatre petits paquets pour mes provisions de route et, comme acompte, me fait boire un grand bol de café au lait…

Après une petit arrêt dans ce belvédère, j’ai repris la poussette et la route, en compagnie de tous mes amis : Jésus, saint François d’Assise, frère Charles… La route sera délicieuse ainsi et je ne sentirai ni la fatigue, ni la faim, ni la soif…"