Petites Soeurs de Jésus

 

 

De la République du Congo, Goma

L'éruption volcanique fut l’événement inattendu du samedi 22 mai à 19 h30, qui nous a tous bien secoués. Nous avons donc pris un peu de temps pour digérer cette situation terrifiante. Le choc, la peur sont encore là ; mais, en même temps, nous devons continuer la vie. Malgré tout, comment ne pas rendre grâce au Père d’être encore vivantes.

Tout juste un an après avoir quitté Mabasele en courant, en ayant vécu le stress causé par des attaques, et ensuite, l’épidémie d’Ébola. Comme si cela ne suffisait pas, il y a eu la pandémie de covid 19; et, en dernier lieu, l’éruption volcanique ! Si nous ne vivions que cela, notre prière quotidienne serait les psaumes … de lamentation ! Cependant, au milieu de toutes ces catastrophes, notre peuple prouve toujours que la vie est plus forte que la mort. Pendant le grand confinement du 19 mars au 15 août 2020, nous avons été touchées par la grande foi des gens qui n'ont pas cessé d’honorer Celui qui est présent, dans l’absence totale.

Le samedi 22 mai, veille de Pentecôte, nous venions de finir un partage d’Evangile et nous nous préparions à manger.

Tout à coup un téléphone nous alerte : « C’est l’éruption volcanique » ! En sortant, nous avons vu un grand feu en face de nous. C’était la panique totale. Et c’était la veille de Pentecôte. Le feu de la Pentecôte donne la paix et apaise le cœur, contrairement à ce feu qui provoquait vraiment une panique totale.
 

Par MONUSCO/Neil Wetmore, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=37417581

L'une de nous est partie vite à la paroisse avec nos deux aînées, pendant que nous ramassions l‘essentiel : papiers, documents à sauver. Trente minutes après, le curé a décidé d’amener nos petites sœurs aînées à Sake (à 25 km de Goma) la seule direction possible.
Lucia-Cuc et Marie-Stella ont fui tout de suite. Les autres petites sœurs ont décidé de rester la nuit à la fraternité, sur le conseil de quelques voisins qui restaient eux aussi et disaient : « Si nous devons fuir, nous viendrons vous chercher pour courir ensemble. » Ça a été une nuit d'angoisse : presque tous les voisins se sont enfuis ; quelques minutes après, des coups de fusil ont retenti et duré pendant plus d’une heure. C’était vraiment traumatisant ! Par la suite, nous avons su que les militaires avaient tiré sur les prisonniers qui voulaient s’évader. Il y a eu des blessés et des morts. Pauvres prisonniers enfermés, avec l’éruption volcanique, et poursuivis à coups de fusil ! Quelle humanité ?

Le lendemain, pte sr Marie-Stella a accompagné deux petites sœurs à la fraternité de la Crête Congo Nil au Rwanda, car l’éruption volcanique était suivie de tremblements de terre très forts. Un jour après, Lucia-Cuc et Marie-Stella se sont déplacées à Sake car la situation devenait de plus en plus critique et les autorités demandaient à la population de partir. Petites Soeurs Aldegonde et Goretti ont eu le courage de rester jusqu’à la fin à la fraternité ; c’est pourquoi, nous n’avons pas eu de voleurs, alors que plusieurs maisons ont été pillées.

D’Italie, Torino

Notre fraternité a une mission spécifique depuis sa naissance : être une présence d’amitié aux personnes qui vivent dans la prostitution.

Cette dernière année, marquée par une austérité jamais vécue de cette façon-là, nous avons choisi de garder la porte ouverte et nous avons reçu, presque tous les jours, quelques amies. Nous avons découvert combien la relation s’est approfondie dans la réciprocité.

Ensemble nous avons donné un coup de main pour des besoins très urgents. Les personnes se sont senties aimées, considérées dans leur détresse, appréciées dans leur dignité et beauté.

Nous avons été surprises et émerveillées par le témoignage d’une jeune femme, mère de 2 enfants, après la mort inattendue d’une amie qui, depuis plus de 50 ans, était toujours à “sa place”, au coin d’une rue dans notre quartier.

Et nous voulons vous le partager. Elle a écrit et affiché au mur ces paroles : “Il y a des femmes riches et célèbres, des femmes qui enseignent, qui deviennent mères, épouses, infirmières, médecins ou athlètes. Mais il y a aussi des femmes de la rue qui, par choix, vendent de l'amour. Femmes inconnues au monde mais qui laissent un vide. Elle était là, au coin de la rue, avec son chapeau, son manteau et du rouge aux lèvres… Mon sourire, ma pensée sont pour toi, femme gentille, forte et vraie qui n’est plus là. Ciao. Que tu puisses te reposer dans la Paix. Une fleur, une rose”.

D’Italie, Fraternité nomade, Bari

Notre vie sur le terrain avec les Rom à Bari est comme un petit écrin qui garde bien enfermés ses « joyaux » et…ses « grains de poussière ». On en sort pour la vente ou l’aumône, mais la « vraie » vie est cachée à l’intérieur. Dans cet écrin, notre vie suit la danse des jours, il semble que rien du monde extérieur puisse nous toucher …

Et puis, un jour, la surprise : nous sommes toutes les 4 atteintes par le Covid ! Nous quittons en hâte notre écrin. Une question monte vers Dieu : pourquoi ? Pour-quoi, pour-qui nous amènes-tu loin des Rom ? Au fil de ces 30 jours d’isolement, petit à petit il nous semble entrevoir une réponse : peut-être ne nous demandes-tu pas de COMPRENDRE, mais de VOIR, de TE VOIR…

En effet un autre « écrin » s’ouvrait devant nous et nous avons découvert ses « joyaux » : le diamant de la générosité de F.. Elle nous donne sans hésiter la maison qui deviendra notre « nid » durant tout ce temps de confinement…et elle ne veut même pas qu’on lui dise merci …Et ça brille !

La pierre précieuse de la vie fraternelle. Vivre ensemble dans un espace très petit, sans portes, sans contacts avec l’extérieur : défi ? chance ? Sûrement espace donné pour soigner le désir de fraternité que Dieu a semé dans le cœur de chacune. Le silence et la prière (avec quelques bons gâteaux faits ensemble et des beaux films !) ont été les clés pour ouvrir l’écrin, même si parfois la serrure a grincé un peu ...Et ça brille !
 
Les perles de la gratuité. Le médecin super disponible, le curé et les voisins qui font nos courses au marché et à la pharmacie, tous ceux qui nous téléphonent…Nous sommes isolées, mais pas seules ! Et ça brille ! L’or d’être accueillies en hôtes. A cause de nous, tous sur le terrain ont été testés pour le Covid et il y a eu beaucoup de peur à cause  des dispositions que les autorités auraient prises en cas de « positifs ». Malgré cela, voilà qu’à notre retour le miracle de l’accueil s’est répété. Et ça brille, et continue à briller chaque jour !

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