Charles de Foucauld, Amitié - Petites Soeurs de Jésus

 

 

4. Le chemin de l'amitié, de la fraternité

Charles de Foucauld était très fidèle dans ses amitiés, dans ses affections. La mort de son grand-père l’a beaucoup affecté. Il était très attaché à sa cousine Marie de Bondy. On a édité un livre de sa correspondance avec Gabriel Tourdes, un ami d’enfance…

Au moment de sa conversion, Charles décide de « ne vivre que pour Dieu. » Pour lui, ça signifie couper tous les ponts, s’éloigner de tous, s’ensevelir dans le silence et la solitude… Le jour de son départ à la Trappe est « le jour du plus grand sacrifice. » Il s’en rappellera chaque année.

Après 7 ans à la Trappe, et 3 ans où il vit comme un ermite chez les sœurs Clarisses de Nazareth, un retournement se produit en lui. Il désire être prêtre pour aller vers « les brebis les plus délaissées.» Arrivé en Algérie, l’accueil prend une importance toujours plus grande. Il distribue de l’orge, des médicaments. Il écrit à sa cousine : « Je veux habituer tous les habitants, chrétiens, musulmans, juifs (…) à me regarder comme leur frère, le frère universel. Ils commencent à appeler la maison ‘’la Fraternité’’ et cela m’est doux. » (07.01.1902)

Quand il quitte Béni Abbès pour s’enfoncer toujours plus loin dans le désert, ce n’est plus pour y rechercher la solitude… mais pour aller vers ceux qui sont le plus loin, pour se faire proche d’eux et devenir leur frère.

Ce chemin d’amitié, de fraternité, vécu par Charles de Foucauld, s’enracine dans la dévotion au Sacré-Cœur qui a beaucoup marqué l’Eglise de France au début du 20e siècle.
 « Faire régner Jésus et la charité, c’est la mission des Petits Frères du Sacré-Cœur de Jésus… » écrit Charles de Foucauld dans ses projets de fondation. Aujourd’hui on ne parle plus guère du Sacré-Cœur. Ce qui reste, c’est l’évangile : « Aimez-vous comme je vous ai aimés. » Et l’amour de Jésus est passé par la croix.  Frère Charles en a fait son insigne et sa devise.
 

« Soyons les amis de ceux qui n’ont pas d’amis. (…) Aimons les riches, puisqu’ils sont enfants de Dieu ; mais ne nous occupons pas d’eux puisqu’ils n’en ont pas besoin ; occupons-nous des pauvres (…)  Combien nous devons estimer tout être humain, combien nous devons aimer tout être humain ! » 

Aimer, devenir frère de tous… Sur ce chemin, Charles de Foucauld s’est heurté à l’injustice, en particulier l’injustice de l’esclavage qui existait encore en Algérie à cette époque. Il a remué ciel et terre pour faire bouger quelque chose, il a lui-même racheté des esclaves, il a envoyé des lettres virulentes à l’évêque, aux autorités… Il a essayé de secouer la torpeur des Français qui fermaient les yeux et s’accommodaient de la situation.
L’esclavage ici est d’autant plus injuste ; il l’est toujours : nous sommes tous fils d’Adam ! et ‘’Fais à autrui ce que tu veux qu’on te fasse’’… Mais outre cette injustice énorme et monstrueuse qui est toujours au fond de l’esclavage, il y en a ici une particulière : très peu d’esclaves sont fils d’esclaves, presque tous sont des enfants volés. (…) C’est non seulement l’esclavage, c’est le vol des enfants (…) que sanctionne ici l’autorité française… »  (Au P. Guérin)
Aujourd’hui, autour de nous, il n’y a peut-être plus d’esclavage, mais l’injustice demeure. Que faisons-nous ?

Aimer, devenir frère de tous… Charles de Foucauld a vécu au milieu des musulmans. Il est difficile d’en parler avec nos « lunettes » d’aujourd’hui pour 2 raisons :
*D’abord, Charles de Foucauld était français, et l’Algérie était colonie française. Il partageait beaucoup des idées de son temps sur la colonisation, même s’il pouvait être très dur avec les officiers français qui ne se comportaient pas de manière exemplaire !
*Ensuite, il partageait aussi les idées de son temps sur l’Islam et pensait que cette religion ne résiste pas à l’histoire et à la philosophie. 

D’autre part, il y a aussi eu une évolution dans son regard et sa manière d’aborder les musulmans.
Dans les dernières années de sa vie, on peut dire que Charles de Foucauld a vécu au milieu des musulmans une attitude de respect, de profonde humanité et de fraternité. Cette attitude, il l'a traduite en particulier par l'étude scientifique de la langue et de la culture des Touaregs. Il l'a vécue dans le partage de la vie des gens. Il a eu à cœur de nouer des liens étroits avec des musulmans.

Actuellement les musulmans sont au milieu de nous. Nous avons à inventer ici un chemin de rencontre, de dialogue, d’amitié, de fraternité en évitant 2 écueils :
*La peur, l’amalgame  entre terrorisme et islam, le repli sur ‘’mon’’ identité et ‘’ma’’ culture…
*L’angélisme et la naïveté
Nous pouvons nous rencontrer dans la vérité et le respect, comme frères et sœurs en humanité et croyants.

Dans les relations d’amitié et de fraternité avec la population, Charles de Foucauld aurait souhaité la présence de laïcs chrétiens pour aider à l’évangélisation simplement par leur manière d’être. En cela, il était en avance sur son temps. Il a souvent parlé de « l’apostolat de la bonté »…

Invitation à vivre cet apostolat de la bonté dans la rencontre de l’autre différent, qui est mon frère, ma sœur…

Conclusion 

Au bout du chemin… Qu’est-ce qu’il y a au bout du chemin ? L’échec !               
Nous sommes les disciples d’un Dieu crucifié… Jésus meurt sur une croix comme le dernier des malfaiteurs ! Et quand c’est le moment de la croix, on ne voit pas encore la résurrection !

Le Frère Charles meurt, bêtement assassiné, à 58 ans, sans avoir fait de conversion, sans avoir fondé de communauté, sans aucun disciple. Un échec ! Plus tard, on louera tout son travail sur la langue touarègue. Plus tard, des communautés, des hommes et des femmes se réclameront de lui. Mais, sur le moment, c’est l’échec. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. Mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. » (Jean 12,24)
                                                                                                             
L’échec fait partie de la vie : échec d’une relation, échec d’une vie de couple, échec en communauté, échec professionnel…  échecs dans l’Eglise ! Et Jésus nous rejoint là aussi !

Mais ce n’est pas le bout du chemin. Nous avons encore à marcher. Frère Charles avait écrit sur son réveil : « Il est l’heure d’aimer Dieu. Jésus - Caritas »
Aujourd’hui, pour moi, il est aussi l’heure d’aimer Dieu !

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