Petites soeurs de Jésus - Marginaux

 


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Une journée avec Esther
qui travaille dans un service d'aide et de soins à domicile comme femme de ménage :

"Bien que je m’occupe souvent de personnes tout à fait normales, il y en a d'autres, plus marginales, qui tiennent une place particulière dans mon cœur. J'ai envie d'essayer de vous raconter une de mes journées en évoquant ces rencontres.
A 6.30 h., je vais chez Hans* (prénom d'emprunt), un homme alcoolique. Il habitait dans un « trou ». La première fois que je suis allée chez lui, j’ai trouvé quelqu’un qui vivait complètement abandonné : cheveux longs et sales, barbe pas soignée... Dans la pièce, plein de sacs à poubelle remplis de linge sale accumulé depuis des années. Son lit : un matelas déchiré et, un peu partout, des cafards noirs et des araignées. Sur tout l’étage (6 chambres) un seul WC, un petit lavabo.

Très vite, la confiance s'est installée entre nous, mais il a fallu deux ans pour qu’il accepte de venir avec moi au centre pour y prendre une douche !
Maintenant, grâce à mon aide, il a pu emménager dans un petit appartement sympathique et bien entretenu par nos soins.
Hans en jouit pleinement et ça fait plaisir à voir ! Nous sommes devenus de grands amis !

La journée se poursuit chez Madame H.. La première fois, la difficulté a été de pouvoir entrer : il y avait partout des montagnes de linge sale mêlé d’ordures.… La baignoire était pleine, presque jusqu’au plafond, et je vous laisse deviner l'odeur et le spectacle. En plus, le chien fait souvent ses besoins sur le tapis de la cuisine, parce qu'elle n’a pas envie de sortir avec lui. En fait, cette personne n'a que 50 ans. Donc, au départ, nous sommes venues à deux pour nous encourager et Madame H. nous a aidées à débarrasser les choses, à ranger...

Pourtant, Madame H. est très gentille et je sens que, sur le moment, elle se réjouit quand tout est propre et agréable. Mais il suffit de 2-3 semaines pour que ce soit de nouveau comme avant ! Ce laisser-aller m’attriste souvent, me décourage aussi : elle promet toujours de ranger mais n’y parvient pas. Et je me demande bien que faire de plus ? C'est vrai que toutes les "histoires" ne finissent malheureusement pas aussi bien que celle de Hans ! Mais quel que soit le résultat matériel, j'essaie de garder un regard respectueux, amical, et percevoir ainsi l'étincelle couvant sous la cendre.

Et voilà, c’est mon « Nazareth », ce Nazareth où Jésus a vécu en pauvre, au milieu de ceux qu'il nommera avec tendresse, plus tard, les "plus petits de mes frères" (Matthieu 25, 40). Malgré les difficultés rencontrées, ce travail me donne beaucoup de joie".

Einsiedeln

Esther fait partie de la fraternité de Bienne, tout en travaillant dans une autre ville. Il y a là 6 petites soeurs, dont Eliane, responsable des fraternités de Suisse.


Décembre 2004