Avec les Indiens Tapirapé

 

 

Extraits de lettres de Ruth :
« Notre toit a un nouvel habit de palmiers. Les branches toutes fraîches sentent la forêt. La nature tropicale est très abondante, changeant très vite, et si mystérieuse. J’ai encore beaucoup à découvrir et à apprendre. »

« Aujourd’hui nous avons planté 20 pousses de bananes. Chacune est enfoncée à un mètre de profondeur dans la terre dure. Si la pluie tant désirée arrive, les bananiers prospèreront. Chaque année, nous attendons la pluie, et chaque année elle arrive plus tard et dure moins longtemps. Souvent les bananes sèchent sur les plants, l’eau devient rare et la chaleur insupportable. Mais malgré tout, nous préparons nos champs avec un espoir renouvelé et trions les semences pour la saison prochaine.
Et nous voyons pousser maïs, manioc, haricots, cacahuètes, melons, concombres, ananas. Bien sûr, il y a beaucoup de mauvaises herbes avec des racines profondes que nous nous acharnons à arracher.

J’apprends beaucoup de ce cycle de la nature : peine, sueur, ronces, longue attente de la pluie, mais aussi la grande joie de récolter et de partager les fruits de la terre… Et puis recommencer encore et encore, observer la force cachée de la vie… »


Veva « Nous avons reçu une vieille VW et avons pu ainsi visiter les autres villages indiens. Avec Veva, une petite sœur qui vit depuis plus de 50 ans avec les Indiens, j’ai pris la route, la voiture cahotant sur le chemin plein de trous et de grosses pierres.
De l’eau, un couteau pour tailler et une hache ne doivent jamais manquer car on ne sait pas ce qu’on peut rencontrer… Cette fois ce sont des singes qui sautent, des tortues et toutes sortes de petites bêtes. Les Indiens nous accueillent avec beaucoup de joie.
Tout ce qui se trouve de mangeable dans le village est apporté : la viande de sanglier salé, du poisson grillé, du miel sauvage, du goulasch de tortue et de la farine de manioc. Veva se balance dans un hamac et parle des problèmes avec le chef des villages. Je sens la relation profonde qu’il y a entre eux deux et cette image reste profondément gravée dans mon cœur. »
Me'i

« Le jour de mon anniversaire,
j’ai pris un bain dans la rivière à l’aurore. Me'i, mon amie de trois ans m'a apporté du poisson frais et j'ai cueilli une papaye au goût de miel dans notre jardin."

« Je crois à la valeur profonde de l’amitié avec les Tapirapé et c’est la raison pour laquelle j’accepte les difficultés de la vie communautaire.

J’admire la vie de famille élargie des Indiens avec quatre générations sous le même toit… alors nos propres difficultés s’envolent comme des bulles de savon ! »

Pour en savoir plus sur les Tapirapé
Les Tapirapés de la famille Tupi Guarani, vivent dans le nord-ouest de l'état du Mato Grosso.
Probablement formaient-ils un grand groupe de 1000 personnes, mais en 1947 ils n’étaient plus que 100. En 1952 quand les petites sœurs sont arrivées pour vivre au milieu d’eux, la tribu comptait 51 personnes, chassées de leur terre, malades...

Actuellement, ils sont plus de 600, la majorité est jeune, il y a beaucoup d'enfants. En 93, ils ont occupé à nouveau leur terre laissée en 48.
Ils assurent eux-mêmes l'école et la santé. Plusieurs professeurs étudient à l'université. Malheureusement leurs droits continuent d’être menacés : terre envahie, bois coupé, culture non reconnue...

Yeremy’i, professeur Tapirapé,
a participé au concours national des meilleurs professeurs et il a été reçu parmi les 12 premiers de l’année avec mention pour son travail « pour garder la langue Tapirapé vivante ».

Avec ses élèves, il a récupéré des mots qui n’étaient plus utilisés et il a aussi inventé des mots nouveaux dans la langue Tapirapé correspondant à des objets qui n’existaient pas dans la culture indienne, mais qui sont maintenant connus par le nom portugais comme : crayon, bicyclette, avion… Ainsi, il conserve sa langue vivante…


Janvier 2005