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Vieillissant, elle fructifie encore

La fin de vie s’annonce, c’est une réalité à laquelle je ne peux pas échapper. J’essaie de m’y adapter… « Vieillissant, il fructifie encore » nous dit le psaume, je veux l’espérer ! Je profite, je jouis de tout ce que la vie me donne au jour le jour. Je ne me suis jamais sentie aussi heureuse qu’en ce moment malgré les limites. Pourquoi ? Je ne sais ! J’ai tout mon temps et je le vis autrement : la valeur du temps est autre. N’étant plus au travail ni à un service, je vis la vie plus gratuitement, plus librement, en goûtant plus les choses, vivant tout simplement ce qui se présente.

Ce temps me fait découvrir le vrai sens et la valeur de notre vie, basée sur l’être et non le faire. La vie vaut le coup d’être vécue jusqu’au bout. Les bons soins que je reçois pour me la rendre agréable, plus facile à vivre me ravissent le cœur de joie, d’espérance, non seulement pour moi mais pour nous toutes. J’y vois la main de Dieu qui m’accompagne avec tendresse. Quelle joie de vivre tout cela ! Merci, comment ne pas rendre grâce ?     

J’ai la joie de pouvoir travailler un peu la terre, à ma mesure, pour le plaisir et pour la gloire de Dieu. J’ai un petit jardin, j’y fais pousser des fleurs, elles me réjouissent et me parlent de Dieu, son mystère et sa beauté.

De plus, je vis un changement profond au niveau de ma fraternité qui n’est certes pas sans importance ni influence sur moi. Le Tubet [la maison mère, à Aix en Provence] se transforme, se rénove, s’adapte à nos âges qui avancent, une nouvelle vie s’installe et s’y profile en vue des années à venir. Je le vis pleinement, profondément, à l’intérieur de moi-même. Ce sont des germes de vie pleins d’espérance qui m’apparaissent. Tous ces changements sont d’une grande portée et m’aident à vivre, à mon niveau, ce que j’ai à vivre personnellement moi aussi : ma vieillesse avec ses diminutions, un certain lâcher-prise, savoir laisser la place… Parfois une impression d’inutilité, de dépendance peuvent m’attrister.

Il y a des personnes de l’extérieur qui viennent travailler chez nous et des amis qui nous aident. Tous sont heureux de venir, pour certains nous devenons même un peu leur famille. Il y a beaucoup de vie, de relations entre nous, je me sens vivre au cœur du monde. Nous sommes des petites sœurs revenant de beaucoup de pays du monde, la plupart y ont vécu plus de 50 ans de leur vie, participant aux fondations des fraternités. Je vis, je dirai presque, à l’échelle du monde, tant au niveau de la Fraternité, qu’avec les personnes qui nous entourent, venant de partout. 

Ce temps du vieillissement, je le vis, du moins j’essaie, comme un temps de conversion, en perpétuel devenir. Retrouver l’essentiel de ma vie de petite sœur, l’offrande de moi-même à Jésus avec tout l’amour de mon cœur, Le prier, que tout devienne prière, intercéder pour le monde, sans cesse… Un temps pour revoir ma vie passée et présente, la remettre humblement devant Lui, en ayant un peu plus de recul. Vivre les pardons qui n’ont pas été donnés ou pas accueillis, implorer Sa miséricorde… Un temps de formation profitant de lectures, de rencontres… Un temps où savoir rendre grâce pour tant de valeurs de vie qui m’émerveillent. Parfois il faut creuser, chercher pour trouver les perles précieuses cachées, enfouies, abîmées, mais elles sont là, semences de vie si belles et si diverses capables de me « dire Dieu » dans sa pluralité.  

Pte sr Anne-Augusta